Témoignage
2026-07-14 Camp d'été : voyage vertical pour ma première grande voie
Le 14/07/2026 par Véronique Monniotte-Dargent
Et puis soudain, la paroi !
Elle se dresse devant moi, après une marche d’approche d’abord effectuée dans un bois de mélèzes puis sur un sentier assez raide traversant un pierrier.
À son pied, je lève la tête pour évaluer ce que je vais avoir à gravir. D’en bas, le calcaire me paraît beau, bien sculpté et me procure une sensation d'immensité. Pourtant, côté altitude, pas de quoi avoir le vertige. Ce mur de rocher, situé dans le massif des Cerces, au-dessus du Pont de l'Alpe (Le Monêtier-les-Bains, près du col du Lautaret) me domine de 150 m. Côté technicité, par contre, je fais moins la maligne. Courtes, les grandes voies de l'Éperon de la Route n’en proposent pas moins des cotations comprises entre le 3b et le 6b max. Pour la débutante que je suis, Serge a retenu une voie facile oscillant entre 3b - 4c et comportant 6 longueurs.
Encordée, casque vissé sur la tête, chaussons aux pieds, je m’imprègne des explications et rappels de Serge sur les manips de corde, l’assurage, les techniques incontournables de sécurité et les mots clés jalonnant la chronologie du relais : vachée, libre, bout de corde, partie.
Le moment étant venu de passer à l’action, Serge et moi partons à l’assaut de la falaise suivis par une seconde cordée menée par Maryse et Bruno comme second.
Pour la première fois, je quitte le sol pour un voyage en verticalité. Tranquillement, mes mains se familiarisent avec la texture du rocher, tâtonnent pour trouver des prises. Mes pieds cherchent des appuis sûrs dans les boursouflures ou cannelures de la paroi. Et mes yeux furètent pour repérer l’itinéraire qui continue, qui remonte, qui disparaît dans un dièdre ou derrière un surplomb.
Aux relais, Maryse, qui grimpe avec aisance derrière moi, me rejoint. Elle veille à ce que jamais, je ne lâche la main qui freine la corde sous le reverso, et est attentive à ma gestion de la corde afin que je donne ou ravale le mou au bon moment.
Juste après le 3e relais, à moins que ce soit au 4e, car concentrée sur ma progression, je ne compte pas les longueurs, une dalle, un tantinet lisse, nécessite de grimper en adhérence. En l'absence de prises franches, je regarde plus loin, plus à ma droite où la paroi me semble présenter plus d'aspérités. « Abaisse les talons », me recommande Maryse. « Oui, oui, bien sûr », ai-je marmonné. Mais mon cerveau envoie quelques signaux d’alerte alors je tente une traversée à l’horizontal pour contourner l’obstacle. « Attention, tu es désaxée. Tu risques de penduler », m’avertit Bruno. Sa phrase à peine terminer… je lâche et je fais un vol… doux. Je n’ai donc pas d’autre choix que de faire confiance à la gomme de mes chaussons et à la dégaine que j’agrippe pour me hisser et sortir de ce passage difficile. Dans le jargon de la varappe, cette « technique » s’appelle « le tire-clou ».
Les dernières longueurs sont aériennes à souhait. Le vide s’accentue, l’ambiance est verticale et je vis pleinement ce moment présent. Au point d’en oublier les tensions dans mes orteils. Qui se rappellent à moi, arrivée au sommet. Dès lors, ma priorité absolue est de libérer mes doigts de pied compressés !
Dans un silence lumineux où l'absence de mots évoque la bienveillance, la complicité, le réconfort, le partage, le bonheur, nous contemplons tous les quatre, assis sur une portion herbeuse parsemée d’edelweiss, la vue superbe sur le groupe des Agneaux et la Guisane. Avant de redescendre…
Merci à Serge, Maryse et Bruno qui ont éclairé mes premiers pas dans une grande voie.

